L’Art nouveau

L’Art nouveau
Regards madrilènes II, Patrice Robin (2006)

L’Art nouveau est un mouvement artistique de la fin du XIXe et du début du XXe siècle qui s’appuie sur l’esthétique des lignes courbes. Il met en avant les motifs floraux.

Né en réaction contre les dérives de l’industrialisation et la reproduction des anciens styles, c’est un mouvement soudain et rapide qui connaît un développement international. Le mouvement a connu des dénominations diverses selon les régions: Tiffany (d’après Louis Comfort Tiffany) aux États-Unis, Jugendstil ou Art nouveau en Allemagne, Sezessionstil en Autriche, Art nouveau ou Nieuwe Kunst aux Pays-Bas, Art nouveau ou Stile Liberty en Italie, Art nouveau ou Modernismo en Espagne (pour le second terme, plus spécifiquement en Catalogne), style sapin en Suisse, Modern en Russie. Le terme français « Art nouveau » s’est imposé notamment dans le monde anglo-saxon et hispanique, en même temps que la France, en lien avec la vague d’anglomanie qu’elle connaissait alors, même si le terme Modern Style a brièvement été utilisé au début du XXe siècle.

Si l’Art nouveau comporte des nuances selon les pays, il se caractérise par l’inventivité, la présence de rythmes, de couleurs et d’ornementations inspirés de la faune et de la flore. C’est aussi un art total: il occupe tout l’espace disponible, y compris celui du quotidien, dans l’intention de favoriser l’épanouissement de l’homme moderne à l’aube du XXe siècle. En France, l’Art nouveau était appelé avec humour « style nouille », par ses détracteurs comme par l’homme de la rue, en raison de ses formes caractéristiques en arabesques, ou encore « style Guimard », en lien avec les entrées des stations du métro de Paris réalisées en 1900 par Hector Guimard.

On peut considérer que le mouvement Art nouveau, apparu au début des années 1890, atteint son apogée en 1905. Quelques années avant la Première Guerre mondiale, ce mouvement évolue vers un style plus géométrique, caractéristique du mouvement artistique dominant des années 1910 jusqu’aux années 1940: l’Art déco.

Regards madrilènes I, Patrice Robin (2005)

Les prémices de cet art sont perceptibles dans la dimension onirique de l’œuvre des peintres préromantiques. Le style d’Augustus Pugin (Angleterre, 1812-1852), classé parmi les artistes de style néogothique, préfigure l’extraordinaire saturation décorative de l’Art nouveau, la liberté des formes, la puissance de la couleur, la lutte entre architecture et décor, qui est l’un des grands combats artistiques de la seconde moitié du XIXe siècle. Par ailleurs, le préraphaélisme s’éveille dès 1850 aux courbes et aux couleurs, inspirées des maîtres italiens du XVe siècle ou de la Renaissance florentine (Botticelli) en réaction à la révolution industrielle.

Les fondements théoriques du mouvement Arts & Crafts, ainsi que les thèses de William Morris, de John Ruskin (lequel influence Arthur Heygate Mackmurdo) ou de Charles Rennie Mackintosh, architecte du nouveau bâtiment de la Glasgow School of Art conçu de 1897 à 1909, définissent un nouvel art décoratif au Royaume-Uni. Ces théories se positionnent contre les « dérives de l’industrialisation » et de « l’assèchement créatif » qu’elle entraîne et prônent un retour à l’esprit des guildes médiévales, à l’étude du motif naturel, à l’emploi de formes épurées. Pour ces théoriciens une régénération de la société ne peut advenir sans la vérité des formes qui l’entourent et dont elle use.

Mais l’héritage Arts and Crafts sera renié par la génération des artistes avant-gardistes qui prônent un art intégré à l’industrie. Dans le mouvement Arts and Crafts, l’influence de Ruskin est supplantée dès les années 1860 et 1870 par celle de Viollet-le-Duc. Si l’architecte Arts and Crafts Charles Eastlake admire son professeur, il est explicitement plus enthousiaste à l’égard de Viollet-le-Duc.

« À chaque époque son art, à chaque art sa liberté ! »

Devise de la Sécession viennoise inscrite sur le palais de la Sécession à Vienne, 1897

Le mouvement en tant que tel naît et se développe dans toute l’Europe entre 1890 et 1895 avec une très grande rapidité. Il est ainsi très délicat d’identifier des initiateurs précis. Le fait que de très nombreuses disciplines s’emparent de ce nouveau catalogue de formes donne très rapidement l’impression aux contemporains qu’ils assistent à l’émergence d’un mouvement artistique à part entière englobant tous les aspects de la vie.

L’expression « Art nouveau » est employée pour la première fois par Edmond Picard, en 1894, dans la revue belge L’Art moderne, dans la lignée de La Jeune Belgique, pour qualifier la production artistique d’Henry van de Velde.

Cependant, le nom a été inventé par Van de Velde avec Victor Horta, Paul Hankar et Gustave Serrurier-Bovy. Elle passe en France lorsque, le 26 décembre 1895, elle devient l’enseigne de la galerie d’art de Siegfried Bing, sise 22, rue de Provence à Paris et baptisée Maison de l’Art nouveau.

La phase d’extension et de maturité du mouvement se situe entre 1895 et 1900. Ce style se répand dans toute l’Europe, chaque ville ou pays adaptant le mouvement artistique à ses propres caractéristiques et considérations locales.

Entre 1900 et 1914, l’Art nouveau s’est imposé et il commence à faire l’objet de débats, de discussion, de critiques. Dès 1900, de nombreux critiques d’art s’attaquent à ce mouvement. Ils reprochent notamment de laisser obstinément de côté l’un des principes des arts décoratifs qui veut que l’ornementation d’un objet doit être subordonné à sa fonction. Dès l’exposition universelle de 1900, Charles Genuys, critique à La Revue des arts décoratifs soulève ce point entre autres. L’Art nouveau est également violemment attaqué par les mouvements nationalistes, à partir des années 1904-1905 au cours desquelles les associations d’extrême droite française condamnent notamment Hector Guimard. Ces mouvances n’hésitent pas à employer la même rhétorique que pour les juifs, accusant ces artistes d’être contre la nation et de devoir être éliminés.

Par ailleurs, les créateurs authentiques sont vite rattrapés par le succès d’une mode dont ils sont les inspirateurs et qui triomphe à partir de l’exposition universelle en 1900, notamment dans une bimbeloterie envahissante qui ternit pendant longtemps la mémoire de l’Art nouveau. À partir de 1910, les salons des arts décoratifs sont inondés d’objets quelconques, reprenant des styles anciens et ne laissant plus de place aux objets Art nouveau, que le public délaisse. De fait, la production d’objets Art nouveau après la Première guerre mondiale se poursuit avec un certain succès de nombreuses années, mais ceux-ci sont la plupart du temps de simples copies n’intégrant aucune nouveauté ni créativité.

Le déclin de l’Art nouveau se constate notamment par l’éloignement d’une partie de ses créateurs, lesquels se reportent vers d’autres styles (dès 1905-1906) qui, eux, se maintiennent. Par ailleurs, comme les représentants les plus influents de ce courant sont dispersés dans toute l’Europe, ils ne peuvent pas élaborer de système formel, ni s’inscrire au sein d’une institution officielle qui aurait légitimé et porté le mouvement.

Toutefois, cette vision est l’héritière d’une historiographie qui, pendant un temps très important, a peu étudié la fin de ce mouvement. La vulgate de l’histoire de l’art a longtemps considéré que les mouvements artistiques postérieurs ont rompu radicalement avec l’Art nouveau. Il ne faut toutefois pas omettre que de nombreux artistes pleinement membres du mouvement ont d’eux-mêmes et très progressivement fait évoluer leur pratique et que les nouveaux artistes s’inscrivent, la plupart du temps volontairement, dans la continuité des avant-gardes précédentes.

L’Art nouveau est un mouvement artistique d’une extrême richesse, qui ne s’est pas déployé de la même manière selon les lieux, les moments et les techniques. Ce mouvement se reconnaît toutefois à un certain nombre de caractéristiques communes, même si tous les artistes n’ont pas exploité les mêmes thèmes ni intégré les mêmes influences.

Caractéristiques

  • Femme : L’image de la femme est extrêmement présente au sein de la production artistique Art nouveau. Que ce soit en femme éthérée et mystérieuse, en femme symbole de la nature, en femme active et pleine de vie ou en femme fatale, matinée d’érotisme, ce thème est récurrent dans la grande majorité des tendances, des lieux et des mouvements internes.
  • Nature : En tant qu’objet scientifique en plein essor, la nature représente à la fin du XIXe siècle la modernité. Modèle de beauté parfaite, la nature est donc largement exploitée comme thème par le mouvement Art nouveau, mais en dépassant le naturalisme traditionnel.
  • Modernisme : Les artistes de l’Art nouveau ont baigné dans un flot d’images imprimées qui touchaient pour la première fois toutes les couches sociales. Les illustrations des livres d’anticipation d’Albert Robida ou de Jules Verne ont introduit un nouvel imaginaire et la figuration de machines de science-fiction ou d’inventions récentes dans des décors dantesques ou exotiques se retrouve dans la création modern style.
  • Exotisme : Comme d’autres artistes inspirés par des civilisations lointaines et très différentes, les membres de l’Art nouveau ont été nombreux à être inspirés par l’art asiatique, japonais notamment, ou islamique. En cette fin de siècle, des images et des œuvres arrivent de ces contrées et surprennent les Européens, qui s’emparent des formes et thèmes utilisés.

Ces caractéristiques contribuent à faire de l’Art nouveau un mouvement unique et influent dans l’histoire de l’art.

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