Histoire de Babylone

Histoire de Babylone

Babylone apparaît tardivement dans l’histoire de la Mésopotamie antique, en comparaison des autres grandes villes de cette civilisation, comme Kish, Uruk, Ur, Eridu, Nippur ou Ninive. Son ascension rapide n’en est donc que plus remarquable.

Alors que la ville est peu mentionnée dans la documentation de la seconde moitié du IIIe millénaire av. J.-C., elle connaît une croissance rapide sous l’impulsion d’une dynastie amorrite, qui remporte plusieurs succès militaires majeurs durant la période dite « paléo-babylonienne » (2004-1595 av. J.-C.). La période suivante, dite « médio-babylonienne » (1595 – fin du XIe siècle av. J.-C.), voit Babylone confirmer durablement son rang de capitale de la Mésopotamie méridionale, notamment parce qu’elle devient un grand centre religieux en plus d’un centre politique sous les dynasties kassite et d’Isin II. Le Ier millénaire av. J.-C. débute par des périodes très difficiles, qui se prolongent dans les guerres provoquées par les tentatives de domination des rois assyriens sur la Babylonie. Ceux-ci sont finalement vaincus par les rois Nabopolassar et Nabuchodonosor II, qui fondent le puissant empire « néo-babylonien » (626-539 av. J.-C.) et entreprennent les chantiers qui font de Babylone la ville la plus prestigieuse de son temps.

Après leur chute, plusieurs dynasties étrangères se succèdent à Babylone, et même si la ville n’est pas leur capitale, elle conserve une importance notable jusqu’aux derniers siècles av. J.-C., durant les phases tardives de l’histoire babylonienne, avant son abandon durant les premiers siècles de notre ère.

La plus ancienne attestation possible du nom de la ville de Babylone se trouve sur une tablette, de provenance inconnue, datée d’après les critères paléographiques des alentours de 2500 av. J.-C. (période des dynasties archaïques). Ce texte mentionne une ville nommée BA7.BA7 ou BAR.KI.BAR, dont le souverain (ENSÍ) commémore la construction du temple du dieu AMAR.UTU, qui deviendra ultérieurement la forme sumérienne du nom de Marduk, divinité tutélaire de Babylone, ce qui semble un argument probant pour l’identification de cette ville.

Le nom « Babylone » provient du grec, lui-même dérivé de l’akkadien bāb-ili(m), signifiant « Porte (bābu(m)) du Dieu (ili(m)) », qui se trouve également dans les textes sous la forme bāb-ilāni, « Porte des Dieux ». Il aurait pour origine le terme Babal ou Babulu, peut-être issu du langage, disparu, d’une population antérieure à la présence sumérienne et sémitique en Mésopotamie méridionale, donc inexplicable; une autre hypothèse est qu’il s’agisse d’un terme d’origine sumérienne, signifiant peut-être « bosquet ». Ce terme originel aurait alors évolué en étant interprété (en raison de la proximité phonétique), par les locuteurs de l’akkadien qui peuplaient la ville, comme signifiant « Porte du Dieu », puisqu’il apparaît couramment dans les textes les plus anciens en logogrammes sumériens, sous la forme KÁ.DINGIR ou KÁ.DINGIR.RA, qui a le même sens (KÁ « Porte », DINGIR « Dieu », -A étant la marque du génitif), en est donc une traduction et non pas une simple transposition phonétique comme pour les autres adaptations du mot dans d’autres langues. Le nom akkadien de la ville est par ailleurs à l’origine de l’hébreu Babel ou encore de l’arabe Bābil qui désignent la cité dans ces langues.

La première attestation assurée du nom de Babylone est sous sa forme sumérienne KÁ.DINGIR, dans un texte de l’époque du règne de Shar-kali-sharri (2218 – 2193 av. J.-C.), roi de l’Empire d’Akkad dont elle fait partie, qui commémore y avoir restauré deux temples, dédiés à Annunitum (Ishtar) et à Ilaba. Par la suite, Babylone apparaît dans plusieurs textes de la période de l’empire d’Ur III au XXIIe siècle av. J.-C., dont elle est un centre provincial, dirigé par un gouverneur (portant l’ancien titre royal ENSÍ). Il s’agit avant tout de documents fiscaux provenant de Puzrish-Dagan, indiquant qu’elle participe au système de prélèvements mis en place par cet empire18. Les niveaux de la ville du IIIe millénaire av. J.-C. n’ayant pas été fouillés, il reste difficile de dater ses origines ; quelques objets de ce millénaire ont été récupérés lors de prospections.

Tablette d’argile babylonienne n°174

2003 après JC

L’essor de Babylone survient avec l’émergence d’une dynastie d’origine amorrite, qui débute vers 1894 avec un certain Sumu-abum (1894-1881 av. J.-C.). Cette période est qualifiée de « paléo-babylonienne » ou babylonienne ancienne. Sumu-la-El (1880-1845 av. J.-C.) est le véritable ancêtre de la première dynastie de Babylone, car il est sans lien familial avec son prédécesseur, tandis que tous ses successeurs sont ses descendants. Ceux-ci agrandissent progressivement le royaume qui était alors limité à la ville et ses alentours. Sîn-muballit (1812-1793 av. J.-C.) fait de Babylone une puissance capable de rivaliser avec les grands royaumes amorrites voisins que sont Larsa, Eshnunna, Isin et Uruk. Son fils Hammurabi (1792-1750 av. J.-C.) sait jouer intelligemment son rôle dans le concert international de son temps pour faire du royaume babylonien la principale puissance de son temps. Après une première partie de règne sans grande victoire, il parvient à soumettre les royaumes qui l’entourent: Larsa, Eshnunna, puis Mari.

Babylone domine alors une grande partie de la Mésopotamie. Son fils et successeur Samsu-iluna (1749-1712 av. J.-C.) maintient encore pendant un certain temps sa suprématie, mais il fait face à plusieurs révoltes qui affaiblissent son royaume. Les rois suivants voient leur territoire se désagréger sous l’effet de rébellions et d’attaques de peuples ennemis, les Kassites en premier lieu, mais aussi le Pays de la Mer, problèmes qui sont liés à une crise économique voire écologique. Samsu-ditana (1625-1595 av. J.-C.), dont le royaume ne comporte plus que les environs immédiats de Babylone, est acculé. Selon ce que la tradition babylonienne ultérieure a retenu, le coup fatal lui est porté par le roi hittite Mursili Ier, qui réussit en 1595 av. J.-C. un raid sur Babylone. La ville est pillée et la dynastie amorrite disparaît ; les statues de culte du dieu Marduk et de sa parèdre Sarpanitum sont emportées par les vainqueurs.

Peu de choses sont connues sur le visage de Babylone à l’époque de sa première dynastie. Il s’agit manifestement de la période de son premier essor. Cela est dû à plusieurs facteurs: avant tout la présence d’une puissante dynastie, mais aussi une situation géographique dont Babylone sait profiter, dans une région d’agriculture riche et irriguée, le long d’un bras de l’Euphrate et non loin du Tigre, qui constitue un axe de communication majeur entre la Syrie, la Haute Mésopotamie, le plateau Iranien et le sud mésopotamien ouvrant sur le golfe Persique. La ville devient ainsi le carrefour des voies commerciales importantes. Les niveaux archéologiques paléo-babyloniens, en général recouverts par la nappe phréatique et endommagés irrémédiablement, n’y ont été atteints qu’à un endroit, dans un quartier résidentiel. Les relevés archéologiques sont maigres, les apports les plus appréciables des fouilles sont plusieurs lots de tablettes scolaires, religieuses et économiques trouvés dans la zone du Merkes.

L’organisation générale de la ville se faisait sans doute déjà autour de son quartier religieux (le futur Eridu) situé sur la rive gauche de l’Euphrate. Son extension exacte reste cependant à déterminer: il est souvent avancé qu’elle aurait été plus petite que la ville intérieure néo-babylonienne, mais elle aurait déjà pu occuper la même surface. Se pose notamment la question de savoir si l’enceinte de l’époque passe par certaines portes qui seront situées un millénaire plus tard à l’intérieur de la ville, en raison de son extension (porte de Lugal-irra, porte du Marché), ou si ces portes sont déjà localisées aux mêmes emplacements que celles du temps de Nabuchodonosor II. Il semble en tout cas que la ville s’étendait dès cette période sur la rive droite du fleuve (futur quartier de Kumar) où plusieurs temples sont attestés par les textes.

Porte du Marché

2004 Après JC

Les meilleures sources d’information sur les constructions de la ville sont les inscriptions de fondation et les « noms d’années » des rois paléo-babyloniens commémorant leurs travaux de construction. Le premier roi de la dynastie, Sumu-la-El, a construit un nouveau mur d’enceinte pour la ville et le palais royal, que ses successeurs occuperont après lui. Ammi-ditana semble en avoir construit un autre, à moins qu’il ne s’agisse d’une restauration (les textes ne distinguant pas forcément les deux). On n’a un aperçu de la vie au palais royal de Babylone que par quelques tablettes du temps de Hammurabi, provenant de la correspondance diplomatique du roi de Mari évoquant avant tout des tractations intéressant ce dernier. Les rois paléo-babyloniens entreprennent régulièrement des chantiers dans leur capitale, qui concernent avant tout ses murailles, ses portes et surtout ses nombreux temples. Ils rapportent également les offrandes somptueuses qu’ils font à certaines divinités de la ville. L’Esagil, le temple du grand dieu local Marduk, fait en particulier l’objet de leurs attentions. Sa ziggurat n’est pas mentionnée, mais les relevés archéologiques semblent dater sa phase la plus ancienne dans cette période. Les textes du Merkes indiquent pour leur part que le quartier situé en ce lieu était nommé « Ville neuve orientale », il était notamment habité par une catégorie de prêtresses appelées nadītum, caractéristiques de l’époque paléo-babylonienne.

Après la prise de Babylone par les Hittites, la situation politique de la Babylonie est particulièrement obscure. Cette région tombe dans des conditions mal établies sous la coupe d’une dynastie d’origine kassite. Un texte du VIIe siècle av. J.-C. retrouvé à Ninive en Assyrie se présente comme une copie d’une inscription du roi kassite Agum II, qui dit avoir rapporté les statues de culte de Marduk et Sarpanitu à Babylone et restauré l’Esagil. On ne sait rien quant à l’authenticité de ce texte, d’autant plus que ce roi Agum n’est mentionné que dans des textes postérieurs à son règne. En l’état actuel des connaissances, la domination kassite sur la Babylonie n’est assurée que vers le début du XVe siècle av. J.-C., sous Burna-Buriash Ier et surtout ses successeurs directs. Les rois de cette dynastie, qui se présentent comme monarques du pays de « Karduniaš » (correspondant à la Babylonie), plutôt que comme « rois de Babylone », n’apparaissent que rarement en relation avec la ville de Babylone où leurs travaux ne sont pas ou peu mentionnés. Le statut de Babylone en tant que centre politique n’est pas clair: sous Kurigalzu Ier (ou le deuxième du nom) au début du XIVe siècle av. J.-C., une nouvelle capitale est fondée à Dûr-Kurigalzu (« fort Kurigalzu », du nom de son fondateur), située plus au nord, dans la région où l’Euphrate et le Tigre sont proches. Les liens entre les deux villes sont à préciser: Dûr-Kurigalzu, qui dispose d’un vaste palais royal, pourrait servir de résidence pour la cour, tandis que Babylone resterait le siège de l’administration du royaume.

Quoi qu’il en soit, Babylone reste une ville très importante et prestigieuse notamment parce que son rôle de centre religieux se développe, comme en témoigne le fait que l’Esagil reçoive des donations de terres importantes et que Marduk s’affirme peu à peu comme figure divine et souveraine dans les sources de cette période. De façon significative, les défaites les plus marquantes des rois kassites sont la prise de Babylone par leurs ennemis. Vers 1235 av. J.-C., elle est pillée par le roi Tukulti-Ninurta Ier d’Assyrie. Selon une chronique historique babylonienne surnommée Chronique P, ce roi aurait fait abattre ses murailles puis enlever à son tour la statue de Marduk; il fait ensuite rédiger dans son pays un long texte célébrant sa victoire. Les conflits entre Babylone et l’Assyrie se poursuivent jusqu’à l’intervention d’un troisième camp, celui des rois d’Élam Shutruk-Nahhunte et son fils Kutir-Nahhunte qui s’emparent de Babylone en 1158 puis 1155 av. J.-C. et emportent à leur tour ses trésors, dont la statue de son grand dieu.

Bagdad Museum n°221

2003 Après JC

L’apparence de la ville de Babylone est encore moins bien connue à la période kassite qu’à la paléo-babylonienne, en l’absence d’inscriptions de fondation commémorant des travaux dans cette ville et parce que les niveaux archéologiques n’ont pas pu être fouillés pour les mêmes raisons que ceux de la période précédente. Seuls quelques niveaux ont été atteints dans le secteur du Merkes. Plusieurs lots de tablettes économiques privées et un de textes religieux appartenant à un devin ont été exhumés pour cette époque. C’est peut-être à cette période que le plan de Babylone avec son enceinte principale se fixe, si ce n’est pas déjà fait à la période précédente.

Les Élamites sont finalement repoussés de Babylonie par une nouvelle dynastie trouvant ses origines à Isin, qui réussit à reprendre Babylone. Son plus grand roi, Nabuchodonosor Ier (1126-1105 av. J.-C.), bat ensuite les Élamites dans leur propre pays et peut ramener triomphalement la statue de Marduk à Babylone, événement rapporté dans un long texte figurant sur un acte de donation. Ce fait est particulièrement important pour l’histoire religieuse de la Babylonie, car c’est de cette période que doit sans doute être datée la primauté accordée à Marduk sur les autres dieux mésopotamiens, avec la rédaction de l’Épopée de la Création (Enūma eliš) qui narre comment il est devenu roi des dieux. Ce récit fait de Babylone une cité construite par les dieux et située au centre du Monde, au contact du Ciel et de la Terre (matérialisé par sa ziggurat, dont le nom signifie « Maison-lien du Ciel et de la Terre »). Il est généralement admis que c’est à ce moment qu’est rédigé le texte topographique appelé d’après son incipit TINTIR=Babilu, qui rapporte notamment l’emplacement de tous les lieux de culte de la ville, célébration du statut de ville sainte qu’a acquis Babylone. Cela indiquerait aussi que la ville a alors son plan quasi-définitif car ce que décrit le texte s’apparente à ce qui a été observé lors des fouilles des niveaux du millénaire suivant, même s’il reste possible que ce texte (et donc l’organisation intérieure finale de Babylone) soit plus tardif.

Le retour du royaume babylonien au premier plan politique est cependant de courte durée: à partir des alentours de 1050 av. J.-C., la Babylonie entre dans une période de crise, notamment parce qu’elle fait face à des incursions de peuples venus de l’extérieur, les Araméens et les Chaldéens. La fin du règne de Nabû-shum-libur (1032-1025 av. J.-C.) marque pour Babylone le début d’un chaos et de changements dynastiques fréquents, alors que les sources écrites concernant la Babylonie se tarissent, signe d’un déclin. Il semble que les grandes villes de cette région aient subi plusieurs périodes de fortes violences, et Babylone ne fait sans doute pas exception.

La situation commence à se rétablir à partir du IXe siècle av. J.-C. même si les perturbations restent courantes. Les rois de Babylone ont du mal à affirmer leur domination sur la région et les dynasties sont très instables. À ces problèmes s’ajoute la reprise de la lutte contre l’Assyrie, qui est en position de force en raison de sa plus grande stabilité interne. Après plusieurs années de lutte, le roi assyrien Teglath-Phalasar III parvient à prendre Babylone en 728 av. J.-C., et à s’en proclamer roi.

La domination assyrienne n’est pas assurée pour autant, et le nouveau souverain Sargon II, qui restaure les temples et les remparts de Babylone, doit faire face à un adversaire redoutable en Babylonie, Merodach-Baladan II, qui réussit à régner sur la cité à deux reprises. Sennachérib, le successeur de Sargon II, fait face à son tour à de nouvelles révoltes en Babylonie, et place l’un de ses fils sur le trône de la cité. Ce dernier tient peu de temps, car une nouvelle révolte babylonienne survient. Les comploteurs le capturent et le livrent à leurs alliés élamites qui l’exécutent. La réaction de Sennachérib est terrible, et le récit qu’il en laisse est plein de haine contre Babylone: il aurait massacré une grande partie de sa population et détruit une grande partie de la ville, en détournant les eaux du fleuve sur elle puis en rasant ses murailles ainsi que le sanctuaire de Marduk dont il emporte la statue.

La réalité de l’ampleur des destructions opérées par Sennachérib reste discutée. Selon toute vraisemblance, la ville n’est pas entièrement détruite malgré ce que prétend le roi assyrien. Son fils et successeur Assarhaddon choisit la voie de l’apaisement et entreprend de restaurer la cité, malgré l’interdiction de la reconstruire avant 70 ans qui aurait été proclamée par le dieu Marduk en colère contre la population (Sennachérib n’ayant alors été que le bras de sa vengeance). Assarhaddon justifie cette entreprise par un jeu d’écriture portant sur la graphie cunéiforme du nombre 70 (un clou vertical suivi d’un chevron): il retourne le signe, ce qui donne 11 (un chevron suivi d’un clou vertical) années et lui permet d’entreprendre le chantier.

La prise de Babylone par les troupes américano-britanniques

2004 Après JC

La succession d’Assarhaddon, en 669 av. J.-C., a en fait donné lieu à une organisation politique spéciale: Assurbanipal règne depuis l’Assyrie, tandis que son frère Shamash-shum-ukin est placé sur le trône de Babylone, en position de vassal mais auréolé du retour de la statue de Marduk qui accompagne son intronisation. Le second se révolte finalement en 652, mais est vaincu après une guerre de quatre ans et le siège de sa capitale qui dure plusieurs mois, en 648. Il meurt lors du siège de Babylone, brûlé par l’incendie de son palais, un épisode qui donnera naissance au mythe grec de Sardanapale. Après une première phase de répression, Assurbanipal se révèle moins brutal que son grand-père et fait restaurer la ville, à la tête de laquelle il place un souverain vassal, Kandalanu. Les rois assyriens ont donc profondément marqué l’histoire de Babylone et sans doute aussi son paysage urbain.

Cette succession de révoltes en Babylonie a sans doute affaibli l’Assyrie, tandis qu’à Babylone l’esprit de résistance est de plus en plus fort, et les résistants de plus en plus actifs et unis. À la mort d’Assurbanipal, qui survient entre 631 et 627 av. J.-C., ses successeurs entrent dans une querelle de succession qui est fatale à leur royaume. Nabopolassar, sans doute gouverneur de la région du pays de la Mer, et peut-être d’origine chaldéenne, profite des troubles en Assyrie pour prendre le pouvoir à Babylone, en 625 av. J.-C. Il porte peu à peu le conflit chez son voisin du nord et, après quelques années de conflit, réussit à abattre l’empire assyrien avec l’aide du roi des Mèdes, Cyaxare, entre 614 av. J.-C. et 610 av. J.-C. Son fils Nabuchodonosor II (605 av. J.-C.-562 av. J.-C.) lui succède. Avec lui, Babylone connaît son apogée. C’est la période de l’« empire néo-babylonien », qui couvre une grande partie du Proche-Orient, des frontières de l’Égypte jusqu’aux Taurus anatoliens et aux abords de la Perse.

Les règnes de Nabopolossar et Nabuchodonosor II correspondent à une période de profondes transformations de la ville, initiées par le premier et achevées par le second, connues par de nombreuses inscriptions de fondation. Ces rois mobilisent les ressources de tout l’empire, qu’il s’agisse des pays conquis ou bien de la Babylonie; ainsi, des tablettes provenant de l’Eanna, le temple d’Ishtar à Uruk, une autre ville majeure du sud mésopotamien, indiquent que le sanctuaire fournit des ressources considérables pour la construction d’un palais de Nabuchodonosor. Ce sont ces travaux qui vont contribuer à l’image, légendaire, reproduite par des auteurs étrangers comme Hérodote, Ctésias ou les rédacteurs de la Bible hébraïque, d’une ville ceinte par des murailles impressionnantes et dominée par des monuments remarquables qui sont alors agrandis ou restaurés: palais royaux, temples, ziggurat, artères principales, dont la « Voie processionnelle » qui part de la porte d’Ishtar. La vie économique et sociale de la ville transparaît également dans des textes économiques, administratifs et scolaires de cette période.

Les successeurs de Nabuchodonosor II réussissent à tenir tant bien que mal leur royaume, mais ils n’ont pas l’autorité des fondateurs de la dynastie. Le dernier roi de Babylone, Nabonide (556-539 av. J.-C.), est un personnage énigmatique qui se met à dos une partie de l’élite de son royaume, dont le clergé de Marduk, car il semble délaisser ce dieu au profit du dieu-lune Sîn. Nabonide quitte pendant plusieurs années la cité de Babylone pour s’installer à Tayma en Arabie. Son absence de Babylone empêche de facto aux prêtres de Marduk de célébrer la nouvelle année, ce qui requiert la présence du roi.

Bagdad Museum II – « Retour à la barbarie US » – Parchemins de Babylone à la Mer Noire

2005 Après JC

Quand le roi des Perses Cyrus II attaque Babylone en 539 av. J.-C. par une offensive surprise contre la porte d’Enlil au nord-ouest de la ville, la lutte tourne court et la cité et l’empire tout entier tombent entre ses mains, manifestement sans grande effusion de violences. Dès lors, Babylone perd son indépendance.

Le nouveau maître proclame néanmoins son souhait de préserver la ville et s’attache les faveurs du clergé local en proclamant un décret très favorable envers eux, qui a été retrouvé inscrit sur un cylindre d’argile trouvé à Babylone, dans lequel il reprend à son compte l’idéologie royale babylonienne et se présente comme l’élu du dieu Marduk. La chute du royaume babylonien et la fin de l’indépendance politique ne signifient pas le déclin de la métropole mésopotamienne. Certes, à plusieurs reprises, la ville se révolte: contre Darius Ier vers 521 av. J.-C., puis plus tard contre son fils Xerxès Ier, à qui les auteurs grecs postérieurs ont attribué la décision de détruire le sanctuaire de Marduk, répression dont l’ampleur réelle est débattue. Babylone reste une ville importante de l’empire même si elle n’en est pas la capitale, et la Babylonie entière, en raison de sa prospérité, est une région cruciale où la noblesse perse dispose de vastes domaines.

En 331 av. J.-C., Babylone ouvre ses portes au roi macédonien Alexandre le Grand après la victoire de Gaugamèles et les envahisseurs sont manifestement bien accueillis par la population. Alexandre patronne des restaurations de canaux et dans l’Esagil, s’y installe quelques mois après son expédition en Inde avant d’y mourir en juin 323. C’est donc à Babylone que s’ébauche le premier partage de l’empire entre ses généraux, les Diadoques, qui ne tardent pas de se déchirer dans des luttes qui touchent durement la Babylonie et sa plus grande ville. Celle-ci est exsangue au moment où Séleucos Ier réussit, à l’issue de la guerre babylonienne, à raffermir sa domination sur la région en 311.

Le nouveau souverain ne garde pas Babylone comme capitale, puisqu’il en construit une nouvelle une soixantaine de kilomètres au nord-est, à Séleucie du Tigre. Babylone reste cependant importante à cette époque, comme en témoigne par exemple le fait que son fils Antiochos Ier y demeure plusieurs années avant de prendre seul le pouvoir. Les deux premiers rois séleucides y font restaurer les édifices religieux. Cependant, le centre de gravité de leur royaume se déplace progressivement vers l’ouest, en Syrie, et Antioche devient la capitale principale de leurs successeurs. Ils perdent ensuite la Babylonie face à l’avancée des Parthes, qui entraîne plusieurs conflits voyant la région passer d’un côté puis de l’autre, avant la domination définitive des Parthes sous Mithridate II (123-88 av. J.-C.). Ces conflits ont une nouvelle fois fortement touché Babylone et sa région, notamment du fait des exactions perpétrées par le général parthe Himéros, qui agit comme une sorte de vice-roi de la région pendant la période troublée des années 130-120.

Babylone reste donc une ville importante dans l’administration des empires dirigés par des dynasties étrangères au cours de la seconde moitié du Ier millénaire av. J.-C. Sous les Achéménides, son gouverneur, appelé dans les textes cunéiformes par le titre babylonien paḫātu et non par celui, plus connu, de satrape, dirige une vaste province couvrant au départ tout l’ancien empire babylonien, donc jusqu’à la Méditerranée, avant que son territoire ne soit réduit à la seule Mésopotamie. Sous les Séleucides, Babylone est supplantée par Séleucie en tant que principale cité de l’administration et devient donc une capitale provinciale secondaire. Le roi y est représenté par un personnage appelé dans les textes locaux šaknu (« préposé », autre titre d’un ancien dignitaire du royaume babylonien), qui dirige le personnel du palais royal local.

Couverture pour les fragments babyloniens

2002 Après JC

À partir du règne d’Antiochos IV (vers 170 av. J.-C.), Babylone devient une cité grecque (polis) avec sa communauté de citoyens (grec politai, que l’on retrouve dans les textes babyloniens sous la forme puliṭē ou puliṭānu) dirigée par un épistate (à qui échoit apparemment le titre de paḫātu dans les sources cunéiformes), groupe qui se réunit dans le théâtre qui est alors construit dans la ville. La communauté babylonienne indigène, qui reste sans doute dominante en nombre, forme la troisième entité politique de cette société complexe. Elle est représentée devant les autorités grecques par le personnel chargé de l’Esagil, qui a donc pris un poids dominant dans la vie de la cité en tant que seule autorité traditionnelle d’origine locale encore en place. Il est dirigé par une assemblée (kiništu) dont l’autorité supérieure est l’administrateur du sanctuaire (šatammu). Des autorités semblables semblent encore en place sous les Parthes, qui ne modifient pas la structure politique et sociale de la cité. Pour ces différentes périodes, les archives cunéiformes de familles privées et de sanctuaires restent en nombre assez important par rapport aux autres villes de la région où elles se tarissent progressivement, et renseignent sur les activités cultuelles et économiques.

La période parthe voit Babylone décliner et se dépeupler progressivement, les grands centres du pouvoir s’étant définitivement déplacés plus au nord sur le Tigre (Séleucie, Ctesiphon, et bien plus tard Bagdad). Mais ses monuments principaux sont encore en activité: Pline l’Ancien écrit au début du Ier siècle de notre ère que le temple continue à être actif, bien que la cité soit en ruines, et une inscription en grec datable du IIe siècle apr. J.-C. indique que le théâtre est encore restauré. Elle reste une ville commerciale active, où on trouve des communautés de divers horizons en plus des communautés babylonienne et grecque (qui se sont sans doute liées depuis longtemps), notamment des marchands de Palmyre, tandis que les premières communautés chrétiennes s’installent dans la région.

Les mentions de cette ville comme un champ de ruines dans les textes gréco-romains, ainsi que Dion Cassius quand il rapporte la venue sur place de l’empereur Trajan lors de sa campagne de 115 apr. J.-C., illustrent néanmoins le fait que son déclin a été important et a marqué les visiteurs imprégnés des récits relatifs à sa splendeur passée.

Son temple principal fonctionnerait encore au début du IIIe siècle apr. J.-C., et son abandon est à dater des siècles suivants, donc sous la domination des Sassanides qui est généralement considérée comme la période de disparition définitive de l’antique culture mésopotamienne dans ce lieu même. Durant la période islamique, l’emplacement de Babylone n’a pas été oublié, mais Bābil, comme elle est désignée dans les textes en arabe, n’est plus qu’un petit village selon le géographe Ibn Hawqal au Xe siècle. Les écrivains des siècles suivants ne parlent plus que de ses ruines et du fait qu’elles sont dépouillées de leurs briques les plus solides qui sont employées pour construire des bâtiments dans les habitations des alentours. On trouve aussi des récits sur la signification des monuments et les croyances locales. La ville antique a totalement basculé du côté de la légende.

Autres pages

Page vue 251 fois
Share via
Copy link